Le disque"Fear of a Black Planet" daté de 1990, vient de faire son entrée dans la bibliothèque du Congrès américain, comme si aujourd'hui les textes de NTM côtoyaient les classiques de la littérature française à la BNF. En Europe, beaucoup de jeunes ont découvert le rap grâce à Public Enemy et construit leur conscience politique avec des titres tels que Don't Believe the Hype («Ne croyez pas tout ce qu'on vous raconte») ou Fight the Power. Alors, même si le groupe s'est largement essoufflé depuis l'avènement en 1993 du gangsta rap et du Wu-Tang Clan, l'annonce d'un concert est toujours vécue comme un événement.
A 45 ans, Chuck D est un rappeur assagi mais toujours actif : «La retraite, dit-il, c'est pour ceux qui considèrent le rap comme un métier et non comme un art ou une passion. Moi, j'adore toujours jouer en public.» Après avoir quitté en 1998 Def Jam, le label qui avait sorti tous leurs disques, Public Enemy, en signant avec Atomic Pop, est le premier groupe populaire à commercialiser ses albums via l'Internet.
Mais Chuck D reconnaît qu'aujourd'hui il n'a plus la même influence qu'auparavant et surtout que le ton des nouveaux albums est plus mesuré : «Quand nous avons sorti nos premiers albums en 1987, le contexte était totalement différent. On était en pleine période Reagan. Thatcher était au pouvoir en Angleterre et passait outre l'embargo contre l'apartheid, qui était toujours en vigueur en Afrique du Sud. Le gouvernement américain soutenait à fond Israël contre les Palestiniens, le mur de Berlin séparait encore les blocs de l'Est et de l'Ouest.»
«Ignorance». Aujourd'hui, plutôt que de parler du nouvel ordre du monde (new world order), Chuck D préfère les nouvelles odeurs mondiales, New Whirl Odor, titre du dernier album : «Bien sûr, je connais les conséquences catastrophiques de l'attitude de Bush par rapport aux accords de Kyoto, mais la plupart des Américains ont une ignorance absolue du monde qui les entoure. Pourtant, il y a vraiment de quoi s'occuper. Alors, j'essaie de faire en sorte que nos fans aient un minimum de sens critique.»
Avec un titre comme Check What You're Listening, Public Enemy met en garde contre la nouvelle génération de rappeurs. Ceux qui «ne pensent pas vraiment ce qu'ils rappent. 50 Cent, par exemple, est un des mecs les plus intelligents que je connaisse, mais son but à lui n'est pas de faire de la bonne musique ou de parler avec son coeur, mais de ramasser un maximum de blé. Contrôler, vérifiez ce que vous écoutez. Avant de dire que vous aimez quelque chose, écoutez bien les paroles.»
Comme KRS One, un autre pionnier du rap engagé, Chuck D assure ne pas être fâché que leurs clips vidéo soient pas diffusés sur la chaîne musicale MTV. «Ce serait même un privilège pour eux d'avoir ma musique sur leur antenne», s'amusait KRS One après un concert à Paris au mois de juin. «Je suis d'accord avec lui, confirme Chuck D. Des artistes comme nous qui avons posé les bases de cette culture, qui avons écrit tant de classiques, nous avons un certain standing à tenir : une exigence de qualité, de morale... Et on ne va pas se rabaisser à passer sur ce genre de médias. Je pense que certains artistes hip-hop sont à placer au même niveau que Miles Davis et Charles Mingus. Croyez-vous que ces jazzmen se seraient battus pour passer sur MTV ?»
Site Officiel:Public Enemy


